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Juillet 1982
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Lorsque Pierre revient à la table avec son pichet il est très surpris de voir Agnès en grande
conversation avec un homme. Ne le voyant que de dos, Pierre s’inquiètes et s’apprêtes à faire un esclandre quand il s’aperçoit que la personne en question n’est autre que Joël Favreau.
Un guitariste dont Pierre est fan depuis toujours, accompagnateur de Brassens et de Maxime le Forestier ainsi que d’Yves Duteil même si ce chanteur intéresse nettement moins Pierre. Il
reste tout bête avec son pichet à la main, sans trop savoir quoi faire ! C’est Agnès qui le sauve.
Pierre se glisse à-coté d’Agnès en plein état d’excitation. Notre petit couple en est à finir leurs viandes quand des notes harmonieuses résonnent dans le restaurant. C’est un homme d’une cinquantaine d’années qui s’est assis au piano et qui fais glisser ses doigts sur les touches avec agilité. Pierre, qui pourtant aime bien classifier les genres, ne sais pas trop où ranger le morceau que cet inconnu interprète. C’est visiblement une improvisation, un mélange de jazz, de soul avec, étonnamment, des accents de Mozart ou de Beethoven par instant. Cela paraît assez discordant ainsi expliqué, mais ça se laisse écouter avec plaisir.
C’est donc avec ce fond musical que nos amoureux en arrivent aux desserts qu’Agnès attendait avec
impatience. Pierre lui fait goûter sa glace aux pommes Granny arrosée de Calvados, qu’elle n’aime pas trop mais elle se tait pour ne pas vexer son compagnon. En échange, elle lui tend
une cuillérée de la montagne de chantilly qui orne ses boules de glace aux fruits divers. Mais le principal échange de saveur se fait directement de la bouche à la bouche en
rigolant franchement de ce petit jeu. Et lorsque la discussion s’oriente vers l’endroit où habite Pierre, celui-ci se rend compte que s’il veut rentrer chez lui, il faudrait qu’il
prenne le dernier train qui malheureusement part à minuit de la Gare du Nord. Il confie bien sur ce problème à Agnès en ajoutant tout de même qu’il a peut-être une solution pour rester
plus longtemps avec elle. Pendant que nos tourtereaux continue à alimenter leurs boîtes à souvenirs de fabuleux moments, le pianiste à céder sa place à un jeune chanteur qui reprend des chansons de Dylan en s’accompagnant de sa guitare personnelle, ayant délaissé celle mis à disposition par l’établissement. Quand il entame « Blowin’ in the wind » les premiers applaudissements arrivent, bientôt suivis de voix provenant de multiples tables en formant un chœur assez disparate, mais sympathique.
♫♪ The answer, my friend, is blowin’ in the wind, Pierre et Agnès font partie bien évidemment de ce chorus qu’ils reprennent collés l’un à l’autre, la tête d’Agnès étant délicatement posée, en une position alanguie, sur le torse du jeune homme qui expose une mine radieuse de plaisir et de fierté en enlaçant sa tendre aimée. C’est à ce moment que le nouvel « ami » de Pierre, Joël Favreau, choisi pour se lever et se diriger vers la mini-scène avec sa guitare à la main. Il prend le tabouret bas du piano et vient s’installer à-coté du chanteur et se met à jouer des harmonies et des solos sur les accords de son nouveau partenaire. Toutes les tables environnantes et même celles de l’avant salle n’émettent plus aucun bruit de couvert tellement la qualité de ses morceaux est excellente et inspire le respect. Chacun écoute en silence la pluie, fraîche et exaltante, de notes qui sort de l’instrument de ce grand guitariste. Puis Joël ne peut s’empêcher de chanter sa propre chanson : ♫♪ ♫♪
La souris a peur du chat
♫♪
♫♪
Joël se retrouvant seul, il fait un petit signe à Pierre en lui montrant la guitare appuyée sur le mur près de lui. Agnès ravie trépigne et pousse son boy-friend à se lever. Ce denier rechigne à bouger et pourtant, sous les regards curieux des convives voisins, c’est le rouge aux joues qu’il s’avance vers Joël et lui glisse à l’oreille avant de prendre la guitare.
- Tu es fou ! Je vais tout planter ! Pierre se lance et commence par l’inusable « San Francisco » que même ceux qui n’aime pas la musique folk connaissent. Et tous les hôtes de ce restaurant, qui semble être un nid de vieux «folk-songer» sur le retour, se mettent à chanter sur les accords de Pierre et les solos de Joël qui par ailleurs a une voix très intéressante. Même le grand Moustaki se lève et vient chanter aux cotés des deux guitaristes. Agnès ne voulant pas être en reste et désireuse de participer plus encore aux succès de celui qu’elle espère être l’homme de sa vie, vient se mettre à-coté de Pierre et l’encourager en déposant tendrement sa main sur son épaule. La fête dure ainsi plus d’une heure et le répertoire de Maxime épuisé on a bien évidemment attaqué celui de Georges Moustaki qui est encore plus abondant. Une belle ambiance d’amitié et de complicité règne dans la salle et le patron du restaurant venu de sa cuisine affiche une mine ravie devant le plaisir évident de toute sa clientèle. Il savait que ce piano aiderait à faire connaître son établissement, mais il n’aurait jamais espéré une telle publicité. Il en viendrait presque à regretter qu’un photographe ne soit pas là, et afin de réparer cet oubli il court chercher son propre appareil afin d’avoir de beaux posters qu’il pourra afficher à l’entrée de son restaurant.
Il est presque 2 h du matin quand Georges Moustaki dit à Joël d’inviter ses deux jeunes amis à
venir prendre le café à sa table… |
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