02  "Si tout va bien" Ecriture sur image (Polly)




  SI TOUT VA BIEN...
JE MEURS DEMAIN.

une pièce de Cédric Chapuis



La pièce : Imaginez qu’un soir d’orage vous rentrez chez vous, épuisé d’une longue journée de travail… et qu’une parfaite inconnue vous attend tranquillement dans votre canapé. Que faîtes vous ? Attention ! Elle sait tout de votre vie, et prétend connaître le moment de votre mort… D’après ses dires, c’est pour bientôt, c’est pour demain ! Qui est cette femme aux airs stricts ? Elle refuse de vous le dire… Comment la croire ? Il n’existe aucun moyen. Cependant, si elle disait juste ?… et que vous mourriez vraiment demain… pour de vrai…  

et voici le texte que cela m'a inspiré...

 
 

La retrouver …


 
       Le ciel avait été d’un gris sombre toute la journée. Des fenêtres du bureau je scrute le ciel avec inquiétude. La douceur de ce matin ne m’a inspiré que le port d’une tenue printanière et j’ai laissé l’imper et le parapluie dans le placard de l’entrée. Avec ma chance habituelle le ciel ne va lâcher ses foudres que dans un quart d’heure lorsque je sortirai du boulot !

     Mes prévisions, hélas, se sont révélées exactes et l’orage a éclaté deux minutes avant que je franchisse le portillon de sortie de l’entreprise ou je viens de passer une journée harassante. Encore trois quarts d’heure de route avant de retrouver la quiétude de la maison et cette pluie d’orage qui vient m’obliger à cavaler alors qu’un beau soleil aurait apaisé ma fatigue.

     J’avais espéré que cela se serait calmé assez vite, mais tout le long du voyage retour j’ai vu les nuages me suivrent sur la route. Manifestement c’est moi la cible des cieux aujourd’hui !

     Mais ça y est ! Je range la voiture dans le garage et la porte automatique se referme derrière moi. Enfin arrivé dans mes murs rassurants pour goûter à un repos que je juge bien mérité.

     Avant toute chose, passage à la salle de bains… Au passage une lueur m’attire l’œil. Tiens ! Ce matin j’ai laissé la lumière dans le salon ? Je verrais ça après, d’abord me sécher les cheveux et enfiler des vêtements secs. Un coup de serviette vigoureux sur ma tignasse, le peignoir de bains sur le dos et ma vieille paie de mules au pied, je suis prêt pour une soirée tranquille devant la télé. Un petit tour à la cuisine pour me faire réchauffer un peu de café. Deux sucres dans le mog, le reste de café chaud, une petite cuillère parmis celles dépareillés du tiroir sous l’évier et me voilà prêt pour le farniente hebdomadaire.

     Ah oui cette lumière allumée ! Cela m’étonne de moi, tout de même ?

     -    Bonsoir Frédéric !

     La surprise manque de me faire renverser le café sur la moquette. Une blonde platine, avec des faux airs de Marylin, est allongée sur le sofa dans une pose langoureuse avec un sourire énigmatique.

     -    Que …  que faites-vous là ? Bafouille-je aussitôt. Et d’abord qui êtes-vous ? Comment êtes-vous entré ici ? Qu’est-ce que vous voulez ?

     -    Oh là ! Que de questions … Est-ce vraiment important de savoir toutes ces choses et quand bien même y répondrais-je, cela t’avancerais à quoi de le savoir ?

     -    Mais heu !… Quand même !… On se connaît que vous me tutoyez comme ça ? Qui êtes-vous ?  Répondez !

     -    Ne t’énerves pas ! Reste calme, je t’en prie. Tu étais moins perturbé quand, à 14 ans, tu as entraîné cette jeune fille dans la grange de ton oncle en Normandie !

     -    Ma.. Martine ? C’est toi Martine ? Tu n’es plus brune ? Je..

     -   Tu tu tut ! Non, je ne suis pas Martine ni même Corinne pour qui tu l’as lâchement laissé tomber.

     -    Mais comment savez-vous tout ça ?

     -    Ne t’inquiète pas Fred, je ne viens pas pour te faire chanter même si tout n’a pas été très moral dans ta vie jusqu'à aujourd’hui. Chut !... Laisse-moi t’expliquer la raison de ma présence chez toi ! Tu veux bien ?

     -    Mais c’est ce que je vous demande depuis tout à l’heure !!! M’énerve-je.

     -    Tutoies-moi s’il te plait ! Je pensais que tu aimais bien les blondes mais si tu préfères que je sois brune comme Sylvie que tu cherches à amener dans ton lit depuis deux mois cela peut s’arranger très vite. Dit-elle en enlevant sa perruque blonde et découvrant une chevelure longue et soyeuse d’un noir corbeau.

     -    Mais ! Mais ! …

     -    Tu ne voudrais pas refaire un peu de café ? Le tien est tiède et j’en prendrais volontiers une tasse. Tu veux que je t’aide ?

     -    Heu … Si tu veux !

     Après tout cette fille n’a pas l’air agressive et c’est vrai qu’un café fraîchement passé, me ferait du bien. Je suis complètement tourneboulé. Qu’est-ce qu’il va m’arriver ? Est-ce que je rêve ? Si oui cela est plutôt un cauchemar jusque maintenant ! Et puis cette fille qui remplit d’eau la cafetière a un visage qui me parle. Je suis sur de l’avoir déjà vu mais où ? Ce n’est pas une de mes conquêtes, je n’en ai pas encore tant que cela pour ne pas me rappeler de celles avec qui j’ai vécu une histoire de tendresse ou simplement de fesses ! Une amie d’enfance ? Une voisine ? Une ancienne collègue de travail ? Cela me reviendra j’en suis sûr !

     -    Bon ! Faisons comme ci tout ce qui se passe ce soir était normal mais dis-moi quand même comment dois-je t’appeler ?

     -    Bof ! Mon nom ne dira rien ! Appelles-moi comme tu le désires !

     -    Christine ? Ou Marie ? Cela t’ira ?

     -    Je préfère Marie, Christine n’est pas vraiment un bon souvenir pour toi ! Je m’étonne d’ailleurs que son prénom te soit venu à l’esprit en premier. J’ai l’air si cruelle que ça ?

      -    Christ n’était pas cruelle ! Elle était juste égoïste et arriviste …

      Allons bon ! Voilà que je fais la conversation sur mes ex avec cette inconnue. « Tu es en train de tourner schizophrène mon Fredo ! »

     -    Oui ! Si tu veux. Tiens ! Emporte le café au salon, tu seras mieux installé pour entendre ce que je dois t’annoncer.

     Curieux de savoir la suite, j’apporte donc le café et elle se charge des tasses et du reste. Une fois assis côte à côtes sur le canapé et la boisson servie je me retourne vers la belle brune dans l’attente de cette annonce promise. J’espère que c’est une nouvelle agréable car les efforts que j’ai consentis pour ne pas m’énerver méritent bien une telle récompense. Elle quitte le sourire d’ange qui l’animait depuis le début pour prendre une mine emplis de tristesse, ce qui m’inquiète un peu tout de même.

     -    Mon pauvre Fred, si je suis ici ce soir c’est malheureusement pour te dire que demain tu seras mort !

      Pouf ! Et elle me dit ça comme ça ! Je n’ai pas le temps de réagir qu’elle me prend la main et me rassure, si l’on peut dire, en me prédisant une nuit somptueuse. Que dois-je penser, moi ? Une inconnue qui semble connaître toute ma vie sentimentale viens m’annoncer que je vais mourir incessamment ! Je suis dans un mauvais rêve. Je vais me réveiller ! Si ça se trouve, je me suis encore assoupi sur mon bureau et mes collègues vont bientôt me sortir de ce cauchemar. Quoi qu’elle est bien jolie cette fille ! Allez ! Je vais me laisser porter par ce rêve ! Qui sait cette nuit somptueuse se passera dans ses bras et ce ne serait pas pour me déplaire. Ses jambes nues sous sa robe printannière me donnent soudain l’envie d’y apposer ma main. Au fait, à quel moment s’est-elle changée ? Elle avait pourtant une longue robe rouge à mon arrivée ! Je me souviens l’avoir comparé à Marylin alors que là on dirait une héroïne de Zola ou Maupassant droite sortie d’une histoire de belle fermière ou de gentille soubrette. Après tout ce n’est qu’un rêve, acceptons le comme tel …

     -    Non tu ne rêves pas mon Frédo ! Mais si c’est plus facile pour toi, continues de le croire. Me dit-elle navrée de contredire mes pensées secrètes.

     Ce regard. Je connais ce regard plein de tendresse et de tas de mots que je ne comprends pas. Ces yeux ne me sont pas inconnus. Ils sont gravés au fond de ma mémoire, mais qui avait ces yeux là ? Et ce sentiment de trouble qui me bloque ? Moi si à l’aise devant les filles je me sens comme quand j’avais 12 ans et que les élans du cœur étaient plus forts que les élans du sexe. C’est comme si j’étais face à la gentille Marie dans la cour de la ferme de mon oncle. Marie ! D’ailleurs cette fille n’a rien dit sur Marie quand je l’ai mentionnée… Je ferme les yeux et j’essaye de m’imaginer le visage de l’enfant, mais c’est un peu flou. J’ai vécu deux mois avec cette très jeune fille, tout un été, et je n’arrive pas à mettre un visage sur ce nom. Seul ce sentiment trouble et ses yeux sont dans mes souvenirs et cette fille a ce regard ... et j’ai les mêmes frissons qu’à ma pré-adolescence…

     Marie a t-elle ce visage maintenant ? Et comment aurait-elle eut conscience de mes sentiments. On ne parlait pas d’amour à nos ages tendres ! Et puis Marie était bien plus avancée que moi à l’époque et je me souviens du mal que j’avais ressenti quand je l’avais vu sauter au cou d’un garçon de trois ans plus âgé que nous… Ce geste que j’avais rêvé tout l’été, elle l’avait offert à un autre. Elle n’a jamais sut combien j’en avais souffert et elle ne pouvait pas deviner que cela allait m’amener à traiter toutes mes conquêtes futures comme de simple outil à ma satisfaction personnelle. Oui ! Décidément, Marie devait ressembler à cette fille ! Je rouvre les yeux et les plonges dans ce regard… Marie ! Non ! Ce n’est pas possible. Marie est morte il y a deux ans, c’est lors de l’enterrement de mon oncle qu’au cours d’une discussion j’avais appris incidemment la nouvelle. Mais était-ce de Ma Marie qu’il s’agissait bien ? Je ne sais plus ! Ou bien cette fille est son fantôme venu me tourmenter ? Mais pourquoi ? Je n’ai jamais, au grand jamais, fait le moindre mal à Marie C’est elle qui m’a fait souffrir sans le savoir. Elle n’a pas plus de raison de m’en vouloir que je n’en aie à son égard.

     -    Marie ?…

     -    Oui.

     -    Tu es Marie ?…

     -    Si tu le veux, Oui ! Je serais Marie.

     -    Non je veux dire «  Tu es vraiment Marie ? »

     -    Si c’est Marie que tu vois, je suis Marie, sinon je serais qui tu voudras pour ta dernière nuit. Mais je crois, en effet, que Marie aurait aimé partager cet instant avec toi. Marie t’aimait plus, beaucoup plus que tu ne l’imaginais. Elle avait lu dans ton âme et savait que tu étais l’homme de sa vie, elle attendait doucement que tu t’en rendes compte par toi-même. En dernier recours elle a même tenté de te rendre jaloux, mais tu n’as pas réagis comme elle l’espérait.  Lorsque tu es rentré chez tes parents à Paris, elle a espéré pendant toute une année te voir apparaître et lorsque l’été suivant est arrivé, elle passait ses journées entières devant la ferme de ton oncle à attendre ton arrivée. Mais ce second été tu as été le passer en Espagne avec une cousine et Marie était désespérée. Lorsque tu es revenu deux ans plus tard donc, tu n’as pas cherché à la rencontrer et la sexuelle Martine t’a entraîné dans ce qui allait être ta vie d’homme. Une vie sans Marie. Le destin ne fait toujours les bons signes et c’est bien dommage. Ce soir tu as enfin l’occasion de vivre ce qui aurait dut être ta vie auprès de la seule femme que tu as aimée sans le savoir vraiment. Car que connais-tu de l’amour sinon ce que tu en as vécu. Des histoires de fesses plus ou moins accompagnés de sentiments, mais principalement des histoires de fesses ! Marie as vécu dans ton amour le reste de son passage sur terre et comme toi elle a raté sa vie sentimentale. Contrairement à toi elle s’est marié, mais c’était plus pour être comme les autres que par amour. Peut-être que la venue d’un enfant l’aurait aidé à survivre, mais la solitude de son cœur l’a tuée. Demain tu la retrouveras et si tu le désires toujours, je serais Marie pour toi ce soir !

     -    Marie ! …  Tu n’es pas morte Marie ! …  Tu es là, près de moi ! …  Marie, j’ai tant de choses à te dire que la nuit ne suffira pas… Je ne sais pas si je trouverais les mots. Tous ces mots que je n’ai jamais prononcés sans comprendre que c’était à toi qu’ils étaient réservés. Je n’aurais jamais assez de temps pour te faire connaître tous ses sentiments que j’avais enfouis au plus profond de moi de peur de les offrir à une autre qu’à toi ! Marie …

      Dehors l’orage s’est rapproché et le roulement du tonnerre devient assourdissant. Les éclairs sont de plus en plus fréquent. Le lumière tremblote un peu puis s’éteint. Le noir est quasi complet dans la pièce seul la faible luminosité de l’extérieur laisse deviner la présence de nos deux corps.

      Et mon cœur et mon corps ne font plus qu’un. Mes mains sont indépendantes et caresses doucement et tendrement les cuisses de la jeune femme. Nos lèvres sont si proches les unes des autres qu’elles finissent par s’unir en un baiser jusqu’alors inconnu de moi…

     Et la fièvre nous empare … Marie et Moi, Moi et Marie… Nous faisons l’amour sur ce sofa qui en as vu tant d’autres mais qui jamais ne pourra comprendre le plaisir, le bonheur que j’atteins. Ce bonheur que je n’osais plus rêvé. Nos corps emportent nos âmes vers des sommets inviolés. Nos vies, nos morts ne plus que soupçons d’univers…

     Mes ahanements et ses gémissements remplissent l’espace sonore…

     La comtoise de l’entrée commence à égrener les douze coups de minuit…

           ... Dong !

     Un éclair déchire le ciel…  Dong !

     -    Marie ! …  Dong !

     -    Ton corps est si froid ! … Dong !

     -    Marie ! … Dong !

           … Dong !

     -    Attens-moi … Dong !

           … Dong !

     -    Marie ! … Dong !

           … Dong !

     -    Si tout va bien …  Dong !

     -    Je meurs demain !  DONG !

 
     
Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /2008 00:01
- Publié dans : Ecriture Ludique - Communauté : Ecriture Ludique
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