01 - Mots de Sottovoce |
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Cette liste de mots était proposée comme exercice : vite, magique, rapide, dernier, contacter, prononcer, conseiller, sinistre, astuce, service |
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Au Fourneau... |
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La façade du fast-food, jaune et rouge, semble prendre
toute la surface de la place principale de ce gros bourg de province. Le restaurant situé à l’opposé est quant à lui plus discret avec sa véranda de verre à monture de bois. Les deux rangés d’arbres et le petit parking qui les séparent, n’empêchent pas le premier de faire une ombre imposante au commerce du second. Dans l’un la priorité est au service rapide, au petit cadeau magique aux enfants. Dans l’autre on s’attache surtout à privilégier la qualité de la nourriture et l’utilisation de produits supérieurs quitte à devoir pratiquer des prix peu accessibles à tout un chacun. Gérard, du haut de ses vingt-cinq ans, était forcément plus attirée par la devanture colorée où la clientèle était fortement constituée des jeunes gens du bourg ainsi que des jeunes couples y emmenant leurs enfants. Aussi, à sa sortie calamiteuse de l’école d’hôtellerie il avait opté pour la restauration rapide pour son premier emploi. Les six premiers mois dans l’établissement l’avaient séduit car de derrière son comptoir, il avait réussi à faire la connaissance de plusieurs jeunes filles de son âge sans avoir à trop à forcer ses maigres talents de séducteur. Mais aujourd’hui le gérant l’avait fait appeler afin de lui parler en privé. Gérard imagina très vite une promotion récompensant son petit diplôme obtenu de justesse. Le désenchantement fut grand quand le patron, guère plus âgé que lui, lui annonça qu’il allait devoir se passer de ses services ne pouvant assurer une rémunération en rapport au dit diplôme. En gros, il préferait embaucher à sa place un jeune étudiant qu’il pourrait payer nettement moins pour le même travail. A peine fini son préavis, Gérard a traversé le parking et a frappé à la porte du Restaurant d’en face. Pas question de s’expatrier loin du bourg où vivent toutes ses relations amicales et surtout « sexuelles. » Il s’est donc décidé à contacter la concurrence. Alexandre Lapouge, le patron du restaurant gastronomique, n’a pas besoin de personnel cependant il écoute le jeune homme avec sincérité. Il note bien sur qu’il n’y a pas de mention sur le diplôme hôtelier, mais le fait d’en avoir un est déjà un atout que bien peu de ses anciens employés avaient réussis à produire. Lorsque Gérard lui explique qu’il vient d’être licencié par le fast-food ennemi, l’œil d’Alexandre Lapouge s’allume d’un feu nouveau. Les raisons de ce licenciement lui prouvent bien que les motivations de cette entreprise n’est pas de nourrir correctement mais de faire de l’argent facile. Cependant il n’a pas la possibilité d’embaucher le jeune homme car sa clientèle a beaucoup fondue depuis cinq ans que la restauration rapide à faite irruption dans le bourg. Gérard sort alors un dernier argument qui amène le patron à réfléchir. - Pensez aussi qu’en rajeunissant le personnel, vous pourrez attirer une nouvelle clientèle. Il suffirait aussi de faire un menu accessible à leurs bourses pendant l’heure de midi au moins. Je suis sûr que une bonne partie de mes amis viendraient si un menu leur était accessible, ne serait-ce que pour me voir. Sourit Gérard espérant que cet argument pourrait être vrai, ce dont il était peu sûr en fin de compte ! Je pourrais au moins leur conseiller. Ajoute t-il pour assurer ses arrières. Alexandre Lapouge réfléchi deux secondes et se dit que c’est une occasion de contrer son ennemi intime sur son propre terrain. Il tope avec Gérard à la façon des bouviers de son enfance sous la halle lors de la foire agricole, aujourd’hui disparue. Le contrat écrit viendra plus tard, mais le contrat moral est bien conclu. Gérard n’espérait que très peu cet aboutissement et cette confiance accordée lui donne une envie d’agir au plus vite. Deux mois plus tard, à l’heure de midi, la salle est comble et la véranda est tout juste assez grande pour accueillir la jeunesse du bourg qui pour un prix à peine plus élevé qu’ « en face. » Alexandre a même du embaucher une amie de Gérard pour l’aider à servir. Ce dernier va d’une table à l’autre bavarder avec ses copains et entretenir ainsi leur envie de venir déjeuner ici. Il se sent bien dans son nouveau poste et l’idée de prononcer le mot hamburger ne lui vient jamais à l’esprit. L’astuce du jeune homme était la bonne… De l’autre coté de la rue, le fast-food a vu son chiffre en chute libre. L’ancien patron de Gérard, suite à un nervous-break-down déclenché par la salle vide, a une mine des plus sinistres. Il a pris 10 ans en deux mois… Alexandre Lapouge, lui, a rajeuni d’autant… |
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