Rémunération de l'auteur

       


Arthur Rimbaud 
Le dossier Verlaine - 1871 ( année de la commune )

 
 

Les Assis
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Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;

Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leur fantasque ossatures aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S'entrelacent pour les mains et pour les soirs !

Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser ler peau
Ou, les yeux à la vitre où se fanent leurs neiges,
Tremblant du tremblement douloureux du crapaud

Et les sièges leurs ont des bontés : culottée
De brun, la paille aux angles de leurs reins ;
L'âme des vieux soleils s'allume emmaillotée
Dans ces tresses d'épis où fermentaient les grains.

Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour
S'écoutent clapoter des barcarolles tristes,
Et leurs caboches vont dans des roulis d'amour.

- Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage ...
Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
Ouvrant lentement leur omoplates, ô rage !
Tout leur pantalon bouffe à leur reins boursoufflés

Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves
Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors
Et leurs boutons d'habit sont des prunelles fauves
Qui vous accrochent l'oeil du fond des corridors !

Puis ils ont une main invisible qui tue :
Au retour, leur regard filtre ce venin noir
Qui charge l'oeil souffrant de la chienne battue
Et vous suez pris dans un atroce entonnoir

Rassis, les doigts noyés dans des manchettes sales,
Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever
Et, de l'aurore au soir, des grappes d'amygdales
Sous leurs mentons chétifs s'agitent à crever

Quand l'austère sommeil à baisser leurs visières
Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
De vrais petits amours de chaises en litière
Par lesquelles de fiers bureaux sont bordés ;

Des fleurs d'encre crachant des pollens en virgule
Les bercent, le long des calices accroupis
Tels qu'au fil des glaïeuls le vol des libellules
- Et leur menbre s'agace à des barbes d'épis.

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Manuscrit original ( 1871 )
 
       
Jeudi 9 octobre 2008
- Publié dans : Poésie / Photo impliquée - Communauté : Poésie française
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